Archive | Histoire

Des racines et des mères

Publié le 18 février 2012

Lorsque l’on devient mère, l’éloignement du pays se fait sentir. Pratiquer de petits rituels traditionnels rassure, mettre des mots sur ses angoisses aussi.

Aminata a ressorti l'album photo familial. Son fils Omar est né en 2005, quelques mois après son arrivée à Bordeaux.

« J’aurais aimé pouvoir reproduire certaines traditions, mais ce qui m’a le plus manqué quand j’ai accouché, c’est la nourriture et les soutiens ». En 2005, Aminata s’installe à Saint-Michel. Elle arrive tout droit du Mali, avec son mari français et son ventre arrondi. « J’ai commencé ma grossesse là-bas, et je l’ai terminée ici. Au Mali, dès qu’une femme enceinte à envie de manger quelque chose, ses voisins lui préparent. Ils apportent pleins de plats différents selon ses désirs. On dit que les tâches de naissance du bébé correspondent aux envies non satisfaites de la maman pendant la grossesse. »

A son arrivée, Aminata ne connait personne à Saint-Michel. Elle doit se passer de cette tradition et de toute l’attention que l’on porte aux mamans dans son pays natal.

« Après l’accouchement à la maternité, je me souviens, on m’a servi un plat très lourd, à base de pommes de terres. Au Mali, les femmes de la famille te préparent une soupe pour te redonner de l’énergie. Elle contient du poulet, de la tomate, du bouillon cube et du cumin. Moi je n’avais personne pour me la préparer. »

Les recettes traditionnelles pour remettre les mamans en forme le jour J, sont communes à plusieurs pays africains. Nezha est arrivée à Saint-Michel il y a quatre ans. Sa première fille, Feriel, est née en Algérie. La seconde, Besma, à la maternité Bagatelle de Bordeaux. « En Algérie, les mamans préparent toujours des plats très caloriques, pour favoriser les montées de lait. Nous avons deux recettes surtout, le Berkoukes, un équivalent du couscous avec de grosses graines, et côté sucré, le gâteau de naissance, le Toumina. Si vous en voyez un dans une maison, un nouveau-né n’est pas loin. »

Souvent, dans les semaines qui suivent l’accouchement, les femmes préparent des tisanes à la jeune maman. « Elles servent à laver le ventre, à chasser les graisses. Tu en bois pendant une semaine ou deux. » précise Aminata . A Saint-Michel, elle n’a pas pu en bénéficier. « Ici, on est toute seule. Il faut s’occuper du bébé et de notre mari. C’est dur de se préparer les tisanes. Et puis au Mali, les herbes se trouvent dans la brousse ou au marché. Du coup, depuis la naissance d’Omar, mon ventre n’est jamais parti, même si je fais du sport. »

Saynabou, elle, a trouvé le bon filon à Saint-Mich’ pour se concocter sa potion magique post-partum. Elle indique le petit commerce près du marché des capucins : « le magasin avec la devanture rouge et bleue, c’est écrit Asie, Afrique dessus! Il faut demander des feuilles de kelkeliba. Vous les lavez bien, vous les laissez infuser dix minutes, l’eau va devenir rouge. Il faut en boire plusieurs fois par jour. » Saynabou est née en France, mais cette petite plante sénégalaise, elle y tient. Elle en buvait déjà quelques semaines avant la naissance de sa fille Mariama.

 Pas de grande fête familiale

Souvent éloignées de leurs familles, les femmes ressentent encore plus l’isolement au moment de leur grossesse. Pour sa première fille, en Algérie, la maman de Nezha était venue s’installer chez elle 15 jours avant le terme pour l’aider et la soutenir. Pour sa deuxième grossesse en France « C’était vraiment dur sans ma mère. Elle m’a rejoint quinze jours après l’accouchement. Elle a pu rester quelques semaines. »

Une présence qui compte, car certaines traditions n’ont pas vraiment de sens lorsqu’elles sont pratiquées sans les proches. « En Algérie, 7 jours après la naissance, il y a la tradition du henné. On fait un petit motif au henné dans la main du bébé. Moi je l’ai décalé au 15ème jour parce que je voulais que ma mère soit là. Et puis normalement, le 7ème, le 14ème ou le 21ème jour, on sacrifie un mouton. C’est une grande fête familiale. Ici, c’est difficile de le faire. Mais même si j’avais pu, ma famille n’aurait pas été là, donc ca n’aurait pas eu le même sens. J’ai attendu de retourner en Algérie l’été suivant pour le faire avec toute ma famille. »

La grande fête familiale à manqué à Aminata aussi. « Normalement, pour le baptême, on fait venir l’Imam, qui rase le bébé, et on invite toute la famille. Ici, vous voulez que j’aille chez quel Imam? Que je rassemble qui? Omar, je l’ai rasé toute seule ». Elle s’emporte, amère.

Aminata n’est pas musulmane conservatrice mais regrette ne pas avoir pu partager ces moments rituels, comme on les pratique dans son pays. Elle perpétue quelques traditions pourtant. Des enseignements ancestraux. Elle parle avec fierté du massage africain que l’on prodigue au bébé. Un massage très énergique, impressionnant aussi, réalisé avec du beurre de karité, pour mieux détendre et hydrater. Aminata a tenu aussi à porter Omar sur son dos jusqu’à ses 2 ans pour qu’il soit vraiment « avec elle ».

Les chocs culturels rencontrés au moment de leur maternité, les femmes africaines osent très peu en parler. A la MDSI, (Maison Départementale de la Solidarité et de l’Insertion), une fois par mois, un groupe de parole est mis en place en partenariat avec l’association Promo femmes. Parfois les mamans abordent ce thème. Martine Blasquiz, sage femme, participe à ce groupe de parole : «Certaines femmes pensent que ce qui vient de leur pays est considéré comme « mal ». Elles s’interdisent de pratiquer les rites et n’osent pas en parler. Elles ne conservent pas forcément les traditions mais conservent la double culture. Elles sont vraiment heureuses de la prise en charge de la douleur ici, mais pour certaines mères, la médicalisation française peut être vécue de manière très traumatisante. »

Echographies, rendez-vous de suivi mais surtout rôle prépondérant du corps médical, tout cela est un peu « stressant ». Avec un paroxysme après la naissance, rester plusieurs jours hospitalisée. Impensable pour ces mamans de ne pas rentrer chez elle immédiatement après l’accouchement. En Algérie, Nezha accouchait à 1 heure du matin. À 9 heures, elle était chez elle.

Texte et photo, Agathe Goisset

Commentaire (0)


Tags : , , , ,

Saint-Michel vu par l’INSEE

Publié le 10 février 2012

L’INSEE a étudié la Zone Urbaine Sensible de Saint-Michel en 2006. Les ZUS, Zones Urbaines Sensibles, sont des périmètres définis par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la ville. Ils sont définis selon deux critères : la présence de logements dégradés et un déséquilibre accentué entre l’emploi et l’habitat. Le classement en ZUS est aussi le résultat d’une concertation entre les élus et l’État.

Pour réaliser cette infographie, nous avons choisi les chiffres qui nous paraissaient les plus pertinents concernant la composition de la population, le logement et le tissu économique.

Sandra Lorenzo

Commentaire (0)


Tags : , , , ,

Le mouille-cul et la mouquire

Publié le 18 janvier 2012

Auteur de nombreux livres sur le patois bordelais et chroniqueur depuis 25 ans des « Mots d’Ici » au journal Sud-Ouest, Guy Suire inventorie dans son dernier ouvrage « Pougnacs et margagnes. Dictionnaire définitif du bordeluche* » une langue forgée au cœur de Saint-Michel, quartier de commerçants et d’immigrants. Propos recueillis.

Guy Suire (Photo DR)

Lire la suite

Commentaire (0)


Tags : , , , ,

Le rendez-vous des hommes du FLN

Publié le 16 janvier 2012

Tous les vendredis après-midi, les anciens membres du FLN bordelais se rejoignent, après la prière, dans un café du cours Victor-Hugo.  La guerre, ils l’ont menée ici, sur le sol français, au cœur même de Bordeaux.

Salah, Halou et Ahmed étaient collecteurs de fonds pour le FLN de 1954 à 1959. (Photo L.Y)

Lire la suite

Commentaire (0)


Tags : , , , , ,

Le mystère des momies

Publié le 13 janvier 2012

Depuis plus de deux siècles, l’histoire controversée des « momies de Saint-Michel » entretient mythes et légendes. Qui sont-elles? Que sont-elles devenues ? Et comment expliquer une telle conservation ? L’énigme reste entière.

La "famille empoisonnée" dans le caveau de Saint-Michel, photographiée dans les années 1900 (Photo DR)

L’histoire est bien connue des Bordelais. Elle n’a rien à envier aux histoires que l’on raconte pour faire peur aux enfants. Nous sommes en 1791 : par peur des épidémies, le Directoire ordonne la suppression des deux charniers jouxtant la basilique Saint-Michel construite sur les « vestiges d’un ancien sanctuaire chrétien carolingien devenu église paroissiale vers le début du XIIe », précise Sandrine Lavaud, maître de conférences en Histoire médiévale à l’université de Bordeaux III.

Lire la suite

Commentaire (1)


Tags : , , , ,

« Moi j’ai connu des Algérie »

Publié le 12 janvier 2012

Fils d’un haut-fonctionnaire algérien, Mohamed a grandi dans un quartier français d’Annaba. Autour d’un café, il nous raconte ses souvenirs d’adolescent à la fois protégé par sa classe sociale et témoin direct des horreurs de la guerre.

"Sur le bateau j'étais content à l'opposé des pieds-noirs qui quittaient l'Algérie en 62 avec le coeur serré." (Photo DR)

Carrure imposante, regard vif et futé, Mohamed boit son café d’une seule gorgée, empressé de libérer ses mots qui semblent déborder. Sa voix est agitée mais il la maîtrise aussi bien que son français. Mohamed a étudié dans une école française. Il a même enseigné la langue. Il s’amuse à rouler les « r » volontairement. Pour marquer sa différence, son identité.

Tous les jours, il vient à Saint-Michel, pour aider des amis dans leurs tâches administratives. Ses souvenirs d’Algérie, il en parle avec fougue, comme fier d’avoir été le témoin privilégié d’une guerre de libération.  Lire la suite

Commentaire (0)


Tags : , , , ,

Y’a pas que le guide du Routard dans la vie!

Publié le 10 janvier 2012

Pendant 30 ans, Pierre Coudroy de Lille a été guide touristique de la ville de Bordeaux. Historien, c’est aussi lui qui a écrit la description du quartier Saint-Michel pour l’Office du tourisme. Il nous fait découvrir le quartier avec humour, entre anecdotes personnelles et récits historiques.

Marthe Rubio, Julien Gonzalez

Commentaire (0)


Tags : , , , ,

Le chant des chacals

Publié le 10 janvier 2012

Marcel Duc est est l’un des rares anciens combattants français de la guerre d’Algérie à vivre dans le quartier Saint-Michel. Portrait d’une « vermine » traquée par des « charognards ».

Marcel Duc garde précieusement sa carte d'ancien combattant. (Photo Louis Sibille)

Lire la suite

Commentaires (2)


Tags : , , , ,

Les trésors cachés de la rue Saint-François

Publié le 09 janvier 2012

La façade du 20 rue Saint-François ne laisse rien deviner des trésors qu’elle cache jalousement. Découverte d’une église franciscaine, aujourd’hui devenue l’atelier d’un maître verrier.


Lire la suite

Commentaire (0)


Tags : , ,

Heureux qui comme Ulysse

Publié le 06 janvier 2012

Ulysse Despaux  a écrit et joué de courtes pièces mettant en scène les Bordelais modestes et les « bons paysans de la Gironde » , notamment de Saint-Michel. Acteur de théâtre à succès dans le Bordeaux de la fin du XIXe siècle, il a célébré l’accent bordelais, préférant la capitale d’Aquitaine à Paris. Il reste de lui une statue, à côté de la flèche Saint-Michel.

Du haut de son socle de pierre, Ulysse Despaux lorgne discrètement un décolleté bordelais. (Photo Louis Thubert)

Lire la suite

Commentaire (1)


Tags : , , ,