La gueule du bois !

Publié le 13 janvier 2012

A quelques mois du début des travaux prévus pour l’été 2012, la question du recouvrement des places Saint-Michel (Meynard, Duburg et Canteloup) et du Maucaillou par des pavés en bois n’est pas encore tranchée. Saint’Mich le blog fait le point.

Le pin des Landes pourtant largement mis en avant dans le projet Obras n'a pas été retenu. Ici, l'une des trois planches-test d'échantillons de pavés de bois devant la basilique (Photo : Marc Bouchage)

Les pavés de bois recouvriront trois zones distinctes. (Graphisme : Julien Baldacchino d'après Obras)

Pourquoi du bois ?

La pose de pavés de bois est inscrite depuis le départ dans le projet Obras de rénovation retenu par la mairie. C’est « une caractéristique forte du projet. Le bois permet de casser le côté tout minéral. Dans trente ans peut-être, on aura l’impression que c’est là depuis toujours », pronostique Fabien Robert, le maire adjoint du quartier. En juin 2011, lors de la présentation du projet au conseil municipal de Bordeaux, Frédéric Bonnet, architecte responsable du projet pour Obras, justifiait son intérêt pour ce matériau : « Le bois est un matériau vivant. Il a une certaine imperfection, il se patine [...] et ça permet d’éviter l’effet tout neuf, cet effet qui à un moment donné fait basculer aussi l’univers d’un lieu. [...] C’est un murissement peut-être plus rapide qui va accompagner le caractère de ce lieu ».

Ce choix ne fait pas l’unanimité. Jacques Séjourné est lui aussi architecte. Aujourd’hui à la retraite, il a participé à la précédente rénovation de la place en 1987. « Pour moi, le bois est un matériau noble qui mérite mieux que d’être au sol. Je préfère les dalles en pierre ou en béton qui ne glissent pas plutôt que de couper du bois en Indonésie ou aux Antilles. Et puis le bois ça dure 15 à 20 ans, si on a de la chance. La rénovation précédente (pavés en pierre, NDLR) est toujours là ».

Une réserve également émise par le commissaire-enquêteur, Georges Lagarrigue, missionné par la mairie pour réaliser une enquête publique sur l’aménagement du quartier Saint-Michel. Dans ce rapport, en date du 14 avril 2011, il émet un avis favorable à la « requalification de l’espace Saint-Michel ». Mais cela ne l’empêche pas de faire état de ses doutes :

« Autre sujet de préoccupation : les pavés de bois. Pourquoi du bois ? Au dossier, on ne trouve que peu de justifications. Il est simplement dit qu’il s’agit d’une « démarche de développement durable », que le bois mettra en valeur les monuments, donnera une qualité indéniable à la place et, dans le dossier Atelier de concertation, on trouve la photo d’une rue pavée de bois (Hessler Court à Cleveland), mais il s’agit apparemment d’une petite rue tranquille et non d’une place animée. Alors le bois est-il une « fantaisie » d’urbaniste, est-ce un retour en arrière jusqu’au XVIIIème siècle, alors que les places pavées en bois ont disparu au profit de revêtements le plus souvent en pierre, ce qui en outre paraît se justifier par une meilleure tenue dans le temps. Certes, lors de la dernière concertation, une majorité d’habitants semble s’être prononcée en faveur de ces pavés de bois, mais n’est-ce pas dans un simple souci d’esthétique, alors que la « planche » test de différents types de pavés de bois installée sur le parvis de la basilique n’a pas encore fait ses preuves face aux intempéries et au passage répété des engins de nettoyage. Nous sommes donc personnellement très réservés, non au plan esthétique, mais au plan de la durée dans le temps, sur le choix de ces pavés de bois, surtout qu’il s’agit du sol d’un marché de fruits et légumes qui sera fréquemment souillé. Des pavés de pierre nous paraîtraient mieux adaptés et surtout plus faciles à entretenir. »

Quel type de bois ?

Le pin des Landes pourtant largement mis en avant dans le projet Obras n’a pas été retenu. Fabien Robert nous l’a confirmé : « Il a été exclu dès le départ car il n’est pas assez résistant ». Deux essences de bois sont testées actuellement à l’Institut technologique Forêt cellulose bois-construction ameublement (FCBA) de Bordeaux. La première est une essence de Tatajuba de Guyane française, un bois exotique, et la seconde, du Robinier, une sorte d’Acacia qu’on trouve en Europe et en France.

Ces deux essences doivent répondre à des critères de durabilité. « Les bois sont classés de I à V. Pour être utilisé en site non protégé, il faut au minimum du IV.  Le Tatajuba et le Robinier y répondent. Le Robinier est par exemple souvent utilisé pour faire les piquets de clôtures », précise M. Gonzalez, commercial pour F. Jammes, une entreprise spécialisée dans la commercialisation du bois et notamment du bois exotique.

Le terme de bois exotique ou tropical est parfois rattaché à l’idée de déforestation. « Il y a eu d’énormes progrès en matière de lutte contre la déforestation. Aujourd’hui, il existe des éco-certifications. En plus, il faut dédouaner les marchandises pour les faire rentrer en France. Et ça n’est possible qu’avec des documents officiels. Des certificats d’origine sont aussi demandés », précise Jean-Christophe Gonzalez.

Coût ?

Le prix de la rénovation de la place Saint-Michel est compris « entre 13 et 14 millions d’euros », d’après M. Robert. Ce prix englobe les 4 346 750 euros que coûtera le pavage en bois annoncé dans le projet du cabinet d’architectes Obras (annexe). Le maire adjoint à la mairie de Bordeaux explique que le prix sera similaire si le choix se portait sur la pierre.

Les pavés de bois seraient en bois de bout, c'est-à-dire posés verticalement dans le sens de la fibre. (Photo : Marc Bouchage)

Quand sera prise la décision ?

« Le maire (Alain Juppé, NDLR) a dit : pas de pavés en bois sans certitude que ça marche », tient à souligner M. Robert. Plusieurs échantillons (l’un devant la basilique Saint-Michel, un autre au service Voirie de la Communauté urbaine de Bordeaux et un troisième à l’Institut technologique FCBA) sont ainsi testés actuellement. Le test le plus important est celui réalisé à l’Institut technologique qui procède à un vieillissement accéléré de plusieurs échantillons. Le dossier rendu est incomplet. Une nouvelle étude pour savoir s’il y a des risques de glissement sur les pavés par temps de pluie a été commandée, et attendue fin janvier, début février. Le sort des pavés de bois sera alors fixé. S’ils ne sont pas retenus, le pavage sera en pierre. Fin de la gueule du bois.

Marc Bouchage

1 Commentaires de cet article

  1. verin dominique Says:

    le Maire Alain Juppé … ndlr …
    la place était pavée avant la « révovation » de superbes pièces datant de l’époque Napoléonienne, mais ces pavés ont fait, au mieux, le bonheur de quartier plus classieux, quand ils n’ont pas été coupés en deux pour devenir bien lisses entre des joints de ciment … les pavés moulés ont très vite été très sales, et surtout , vu la forte déclivité de la place entre côté St François et rue des Allamandiers, dangereux par temps de pluie !
    Le cabinet Obras a été choisi autour de bronze et bois ! si rien ne subsiste des critères, je crains que la mascarade ne devienne évidente! 16 millions d’euros autour des immeubles acquis par Incité, rénovation aux frais du contribuable … le bois de bout est très résistant, il suffit de penser aux billots de boucher, au passage Serpette, aux anciennes caves de marchands de vin au tonneau ! mais surement pas posé avec des joints en ciment … le bois, ça dure 15 ans ? quelle ânerie ! et les pavés d’agglo ?couper du bois aux Antilles ! bravo …la Guyane va apprécier!
    F. Robert sait bien que même Evento s’est déroulé autour et dans le patrimoine d’Incité, mais …
    le transformateur était à la limite pendant les grands froids, je me souviens de trois jours sans électricité il y a pas si longtemps! Les acheteurs parisiens seraient-ils plus sensibles au froid que les vieux habitants ?

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