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Exit le marché. Place au supermarché ?

Publié le 13 janvier 2012

Rénover la place, les logements. Faire du quartier une étape touristique attractive. La mairie de Bordeaux a de grandes ambitions et ne laisse que peu de choses au hasard. Si elle n’a que peu de contrôle sur le devenir des commerces, dans le cas de « Bordeaux Lumière », un grand local commercial situé de plein pied sur la place, la tentation a été trop forte. 

1000 m2 de surface commerciale en plein cœur du quartier Saint-Michel. L’ancienne boutique « Bordeaux Lumière » cherche un repreneur. Fermé depuis près d’un an, le local est pour l’instant à l’abandon. Les pieds de lampes, les abat-jours et quelques dossiers comptables jugés inutiles gisent ça et là. Le local se partage entre deux immeubles mitoyens reliés par un couloir sombre et dissimule à l’arrière « une cathédrale » de bois un peu vieillotte qui tenait lieu d’entrepôt. « Le bien est intéressant mais un peu compliqué à réaménager » concède Patrick Debayles, agent immobilier en charge du fond de commerce, qui nous fait visiter, et cherche les interrupteurs pour éclairer l’ensemble.

Le local est convoité par deux enseignes de la grande distribution. (Photo Anaïs Bard)

Le magasin au papier peint gondolé et à l’allure désuète a un atout précieux : il trône sur la place Saint-Michel, près de la rue Camille Sauvageau. « Je reçois un coup de fil par jour pour ce local », confirme Patrick Debayles. Le local est identifié comme l’une des « pépites » de la ville. Une appellation donnée par la mairie aux lieux qu’elle considère comme stratégiques et dont elle entend bien surveiller le devenir. 

Une « pépite » à surveiller

Officiellement, aucune politique particulière n’a été mise en place en matière de commerces dans le cadre du grand projet de réhabilitation du centre ville, « Bordeaux (Re)centres ». Autrement dit, la ville affirme ne pas intervenir sur le type de magasins qui s’installent. « L’initiative privée reste reine, on compte sur l’effet d’entraînement. On est dans un pays libéral », explique Pierre Guy, responsable du projet (Re)centres. Même si Fabien Robert, adjoint au maire en charge du quartier assume parfois un rôle de médiateur: « La lutte contre la vacance des locaux commerciaux est un des objectifs. On met en relation des porteurs de projet et des propriétaires. Dans le cas de « Bordeaux Lumière », j’ai rencontré tous les acteurs pour essayer de trouver une solution. Des entreprises intéressées nous ont contactés. Mais on ne choisit pas qui s’installera, on n’est pas dans une économie dirigée. Même si on ne veut pas voir arriver tout et n’importe quoi».

Aucun commerçant n’a pour l’instant repris le bail de cette « pépite » de quartier, mais des projets ont failli aboutir. « Certains contacts avec des repreneurs potentiels sont allés très loin. Le projet d’un grand bazar a été stoppé par la mairie », raconte Patrick Debayles. Il ajoute « effectivement, la ville a un droit de regard. Il faut qu’un locataire soit dans les bons papiers de la mairie pour arriver à reprendre les lieux , même s’il ne faut pas surestimer son pouvoir ».

Pour « ne pas voir arriver tout et n’importe quoi » à cet emplacement stratégique, la mairie dispose de moyens légaux importants. Elle peut s’opposer à une vente en cours en décidant de préempter le fond de commerce. La ville achète ainsi en priorité et devient propriétaire. Mais le droit de préemption est une carte risquée que la ville ne peut jouer qu’à une seule condition : l’acheteur évincé souhaitait installer un commerce pouvant nuire à la diversité commerciale du quartier. Une nuisance que la mairie devra prouver en cas de litige. Une carte qui, du coup, est rarement utilisée mais dont la menace peut suffire à dissuader. Une chose est sûre, il n’y aura pas de « grand bazar » sur la place Saint-Michel car « il aurait fait couler tous les petits bazars du quartier » explique Fabien Robert.

Des visites organisées par la mairie

Une sacrée pépite, en effet, que la mairie surveille très attentivement. Voire un peu plus. Début 2011, c’est Chantal Bécot, de la Direction du développement économique de la mairie de Bordeaux, qui a fait visiter le local. Deux enseignes de la grande distribution ont ainsi fait le tour du propriétaire accompagnées par la fonctionnaire municipale.

« Une grande enseigne alimentaire pourrait s’y installer, mais je ne vous en dit pas plus, car rien n’est signé », révèle-t-elle. Un grand bazar évincé et des visites organisées, ce type d’intervention est-il encore de « la mise en relation »? « C’est un peu limite, je ne vois pas à quel titre la mairie organiserait les visites. Si elle n’a aucun lien avec le bien, il n’y a pas de fondement juridique à la démarche d’agent immobilier, ni à la discrimination » répond Maître Nicolas Becquevort, avocat spécialisé en droit public, consulté sur le sujet. « L’atteinte à la concurrence n’est pas illégale dans le cas où la mairie pourrait montrer qu’elle le fait dans l’intérêt général » précise-t-il.

L’impasse dans laquelle se trouve le local depuis un an, doublé d’un conflit entre les propriétaires des murs et celui du précédent occupant sont les raisons invoquées par la mairie pour justifier de son intervention. « C’est un grand local compliqué, avec de grands piliers à réaménager entièrement. Il faut des reins solides pour s’y installer, tout le monde n’a pas les moyens d’investir ici» explique Chantal Bécot. Une enseigne de la grande distribution nuirait-elle plus qu’un bazar, dans un quartier Saint-Michel déjà empli de supérettes et de petits commerces? « Oui et non, de toute manière rien n’est signé », répond Fabien Robert.

Anaïs Bard

2 Commentaires de cet article

  1. PGS Says:

    Quoi ? Une grande surface ??? Mais CASSEZ-VOUS !!!!

  2. verin dominique Says:

    une grande surface, à côté d’un superU qui vivote et des Capucins qui meurent ? sans stationnement !le marché V.Hugo n’a pas servi d’exemple? la Mairie va encore préempter ?
    connaissez vous au moins l’histoire de cette raffinerie de sucre du XIX° siècle ?
    Bordeaux lumière a disparu à cause de l’augmentation du loyer et des travaux rendant le stationnement « légal » impossible … Mais avec Incité, tout se passe comme si la Mairie était l’aménageur incontournable, un marchand de biens au dessus des lois, avec NOTRE argent !

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