Catégorie(s) | Le gros chantier

Réhabilitation: quelles conséquences sur les écoles ?

Publié le 16 janvier 2012

Logements, commerces… Les effets immédiats du projet de « requalification de l’espace Saint Michel » se font déjà ressentir. Pourtant pas en première ligne, le secteur de l’éducation sera lui aussi concerné par cette profonde modification du quartier. Reste à savoir si les retombées seront positives ou négatives. Le blog Saint Mich’ tente de répondre à cette question.

Selon sa proviseure, le lycée pâtit de l'image populaire du quartier. (Photo Guillaume Huault-Dupuy)

« Le quartier est en ZUS (Zone Urbaine Sensible), mon lycée en ZEP (Zone d’Education Prioritaire) : ça fait beaucoup de qualificatifs négatifs ! », déplore Martine Sanmartin, proviseure du lycée professionnel des Menuts. Si un lycée professionnel attire les jeunes surtout en fonction des formations et des filières qu’il propose, l’image du quartier influe aussi sur les inscriptions. Sur les 350 élèves scolarisés dans cet établissement de la rue des Douves, seule une trentaine habite le quartier. Et l’école peut largement accueillir des élèves supplémentaires. Le lycée des Menuts profite pourtant de la vie culturelle du quartier : les élèves participent aux manifestations organisées par le centre d’animation Saint-Michel, non loin de là, rue Permentade.

Le quartier foisonne de lieux de stages variés pour les jeunes, de l’association Promofemmes jusqu’au… poste de police des Capucins ! Mais l’image populaire oriente souvent le choix des élèves et de leurs parents vers d’autres écoles professionnelles. Le constat d’Olivier Cousin, sociologue à l’université Bordeaux 2, est clair : « Plus un quartier est identifié comme populaire et ethnique, plus il y a de risque pour qu’un établissement soit connoté négativement ». Et la mauvaise réputation d’un établissement scolaire pousse les parents à sortir du secteur, « avec des domiciliations chez un autre membre de la famille ou de fausses adresses dans un beau quartier ».

Alors Martine Sanmartin espère beaucoup de cette requalification. De sa bouche, ne sort d’ailleurs que le terme « revalorisation ». La proviseure croit en « une meilleure image du quartier » après les travaux. Entraînant des « retombées positives » sur le lycée des Menuts. Et cela devrait commencer par une meilleure visibilité de l’établissement : « Il n’y a aujourd’hui aucune signalétique. Les gens qui viennent de la gare et du cours de la Marne ne trouvent pas le lycée ! Aux Chartrons, je suis sûre que c’est différent… » La mairie lui a promis que ça sera mis en place une fois les travaux achevés.

« Une réputation est difficile à reconstruire »

Pour Olivier Cousin, la réhabilitation de Saint-Michel va entraîner à coup sûr « un renforcement des classes moyennes ». Mais il est moins optimiste que la proviseure. Si le visage des habitants risque de changer rapidement, l’impact sera beaucoup plus lent sur les écoles. « Une réputation est difficile à reconstruire, explique le chercheur. L’image ZEP colle aux établissements, le processus sera forcément plus lent. »

Et il pourrait même ne jamais avoir lieu. « Les choses ne sont pas mécaniques », précise-t-il. « D’autres facteurs entrent en compte dans la réputation d’un établissement tels que le charisme du directeur, les filières proposées… Enfin, le choix du privé (le quartier compte une maternelle, une école élémentaire et un lycée privés, NDLR) peut également ralentir le processus ».

Un peu plus loin, à l’école maternelle Noviciat,  les attentes sont différentes. « Depuis la rentrée de septembre 2011, le nombre d’élèves est passé de 140 à 125. Et c’est comme ça tous les ans… », confie la directrice Annie Serres. Dès qu’une famille s’agrandit, elle quitte le quartier pour la périphérie bordelaise. A Saint-Michel, les familles de plus d’un enfant ne trouvent pas d’appartement et se voient contraintes de déménager. Même au beau milieu de l’année scolaire. Fabien Robert, adjoint au maire du quartier fait le même constat : «Saint-Michel est un quartier qui manque de familles aujourd’hui. Entre les écoles publiques et privées, l’offre est même trop importante ».

Ainsi le projet de requalification de « l’espace Saint-Michel » prévoit une augmentation du nombre de T3 et T4 pour offrir plus de place aux familles. Prudence pourtant, car selon Annie Serres « de nombreux déménagements cette année sont dus à l’augmentation des prix ».

La mixité sociale comme moteur d’éducation

Point de vue réputation, la donne est tout autre à l’école maternelle Noviciat. Le groupe scolaire (avec l’école élémentaire André Meunier) n’est étonnamment pas placé en ZEP, « car notre élémentaire offre une filière musique avec horaires aménagés ». Pourtant l’écrasante majorité des familles des petits élèves est « en situation sociale difficile ». Elles sont parfois domiciliées au Centre d’aide, d’information et d’orientation (CAIO) de la rue Noviciat ou dans les hôtels d’urgence situés à proximité. Mais Annie Serres positivise les choses et conclue à une réelle « mixité sociale » qui attirerait même les inscriptions. « Daghestan, Georgie, Algérie, Sri Lanka : la diversité des élèves est une richesse et l’on travaille à s’enrichir de la culture des autres ».

La directrice considère même cette « richesse » comme un « moteur » d’éducation. Même si elle concède qu’une gentrification du quartier « ne serait vraiment pas un souci si elle entraîne une élévation du niveau de l’école ». Aujourd’hui, les chiffres livrent un message amer. Selon le système d’information géographique (SIG) du ministère de la ville, en 2008, 14% des élèves de la ZUS Saint-Michel sont en retard d’au moins deux ans en sixième. C’est 12% de plus que pour l’agglomération de Bordeaux.

Louise Wessbecher

Laisser un commentaire