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Le marché exilé sur les quais : pour ou contre ?

Publié le 18 janvier 2012

Le déballage des puces, les étals de nourriture et de textile plusieurs jours par semaine, font partie intégrante de l’identité de Saint-Michel. Depuis novembre 2011, tous sont exilés sur le quai des Salinières et la place Duburg. Un déplacement ‘provisoire’ … qui durera tout de même deux ans. Si les puces s’estiment satisfaites, les commerçants ambulants de l’alimentaire et du textile font grise mine. Entre chiffres exubérants et coups de gueule : qui dit vrai ?

Les commerçants de l'alimentaire et du textile s'estiment particulièrement lésés par ce déménagement. (Photo A. D.)

Cent-vingt-quatre mètres de discorde

Le marché n’a au final que peu bougé : seulement 124 mètres vers le nord-est. Déplacement ou non, Jacqueline est une fidèle. « Ils auraient pu mettre ce marché au dernier sous-sol d’un parking à Mériadeck, pour moi c’était pareil. Ce qui m’importe, ce sont les marchands et la marchandise ».  Jean-Pierre Lasnier, président de l’Association des Puces de Saint-Michel, qui regroupe les brocanteurs, use du même argument : « Bien sûr, tout le monde était attaché à la place, partir a été difficile ». Il estime que le quai des Salinières est un  bon compromis. «Tout proche de la place et toujours dans le quartier, nous gardons notre clientèle. On en a acquis une autre, grâce à la visibilité de ce nouveau lieu ! »

Pour Christine Pénicaut, secrétaire générale du SCNSSO (1), syndicat majoritaire pour le marché de l’alimentaire et du textile, le déplacement « est une aberration. Tout a été fait à l’arrache et en dépit du bon sens ». Davantage touchés que les brocanteurs. La faute à Fabien Robert, maire-adjoint du quartier, selon elle. « On ne confie pas un dossier comme ça à un gamin de 25 ans ! Il n’a pas pris en compte les problèmes économiques que cela allait nous poser », s’exclame la représentante. Plus largement, elle remet en cause la politique de Bordeaux pour les marchés, « inexistante ». Sur les 250 commerçants actuels, seule une petite centaine reviendra s’installer place Meynard à l’horizon 2013, pronostique-t-elle. « Ce sera un petit marché qui ne va ni vivre, ni crever, mais vivoter ».

Bataille de chiffres et arguments contradictoires

« On a perdu globalement 80% de chiffre d’affaires depuis le déménagement« , poursuit Christine Pénicaud. « En ce moment, les commerçants sont contents quand ils gagnent 30 euros. Certains ne « dérouillent » même pas, c’est-à-dire qu’ils ne vendent rien… » assène-t-elle. Un argument qui ne tient pas la route, pour son voisin de marché, Jean-Pierre Lasnier.  « Bien sûr, les temps sont durs mais je ne pense même pas qu’on puisse perdre de 30 à 50 % de chiffre d’affaires juste avec un déplacement. La baisse est plutôt due au contexte économique général … mais les gens ne veulent pas changer. Ça fait 36 ans que je fais ce métier et je me suis remis 20 fois en question. Il faut s’adapter ! », expose l’homme fort de la brocante.

S’adapter, c’est ce qui pose problème du côté des commerçants de l’alimentaire. Nombreux sont les marchands qui s’estiment coincés entre les arbres, un boulevard, et une voie de tram. « C’est laid, c’est dangereux, on a déjà rattrapé des enfants in extremis ! », détaille Christine Pénicaud. « Nos emplacements ont été réduits de 30 %, une seule entrée et une seule sortie sont prévues pour 200 camions » soupire-t-elle, comme si elle tenait un inventaire de défauts.

Satisfecit

Si Jean-Pierre Lasnier semble conquis, célébrant le « travail remarquable des services municipaux », Christine Pénicaud concède « qu’il doit bien y avoir un commerçant sur dix tout de même satisfait par ce déplacement« . Avant d’ajouter : « mais à peine plus ».

Un point d’accord se dessine quand on aborde la place qu’ils retrouveront après les travaux. Tout en émettant des doutes sur les lampadaires et le pavage en bois, Jean-Pierre Lasnier estime que « ça aura de la gueule », avec l’espoir que l’axe quai – Capucins devienne une des « plus grandes allées commerçantes de Bordeaux« . Pour Christine Pénicaud, « la nouvelle place devrait être magnifique ». Puis elle conclut : « dommage que le marché ne revienne pas dans le même état qu’à son départ ».

Aurélie Dupuy et Guillaume Faure

 

(1)  SCNSSO : syndicat des commerçants non-sédentaires du Sud-Ouest.

 

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