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Erreur de la banque en votre défaveur

Publié le 16 février 2012

4%. C’est la part des activités bancaires et financières dans Saint-Michel. Soit à peine 7 entreprises implantées dans le quartier. A Saint-Michel, il n’y a ni faillite ni crise des banques… Tout simplement parce que les banques sont absentes.

Entre 600 et 800 clients vivent dans un rayon de 5 minutes autour du distributeur de la place Saint-Michel (Photo Julien Gonzalez).

Dimanche 15 janvier 2012, 15 heures. Le seul distributeur à billets Crédit Lyonnais du quartier Saint-Michel sur la place est en panne. Pour retirer ou déposer de l’argent, direction le Cours Victor Hugo, ou les Capucins. Bref, il faut quitter Saint-Michel. Alors que les vagues migratoires portugaises et espagnoles avaient attiré un véritable réseau bancaire, aujourd’hui les banques n’investissent plus dans Saint-Michel.

Affluence record au seul distributeur de la place

Rue des Faures, à côté du bistrot de l’Atlas et du bar-tabac Saint-Michel, le Crédit Lyonnais a installé un distributeur en 2006, sans faire trop de publicité. Sur la place, il n’a aucune visibilité. Mais les files d’attentes sont quotidiennes. « Entre 600 et 800 clients vivent dans un rayon de 5 minutes autour du distributeur de Saint-Michel ! » précise la direction commerciale Sud-Ouest du Crédit Lyonnais. Peu d’offre mais une vraie demande.

Un vrai décalage alors que le quartier Saint-Michel est un quartier rentable : « En terme de pénétration de marché, il y a des flux importants d’argent à Saint-Michel. Nous comptons près de 1000 clients qui résident à Saint-Michel. Presque 12% de la population du quartier vient chez nous ». Avant d’invoquer des habitudes de consommation particulières : « A Saint-Michel, on fait beaucoup de retraits de petits montants. On ne retire pas juste 3 fois par semaine comme à Caudéran. Ce qui explique des pics record au distributeur ». L’essentiel des opérations commerciales (brocante, marché, cafés, petits commerces de bouche…) s’effectue généralement en espèces. Il y aurait parfois près de 10 000 retraits à la semaine. Le seul distributeur de Saint-Michel est parfois à cours de billets le dimanche matin en fin de matinée, victime de son succès.

Et face à cette demande, quelle réponse ? « Nous avions pensé à installer un second distributeur tout à côté. Mais il faut attendre la fin des travaux qui pose, comme problème numéro 1, le passage des transporteurs de fonds. D’ailleurs, nous avons failli fermer le seul distributeur de Saint-Mich’, justement à cause des travaux rue Maubec et rue des Faures». Et la configuration de la place, après travaux, ne se prêtera que difficilement à l’installation d’une agence.

« Les banques tuent les zones de vie »

Pour retirer son argent, les banques ont investi le Cours de la Marne, les Capucins… et surtout le Cours Victor Hugo. Phénomène significatif, la banque BNP Paribas disposait déjà d’un distributeur à billets au 35 Cours Victor Hugo. Côté Saint-Paul, du bon côté de Victor Hugo ! Ils viennent d’ouvrir une agence toute pimpante…au même endroit. Si le ministère de la Ville attribue le statut de Zone Urbaine Sensible à Saint-Michel, « les banquiers parlent de zone à risque » pour parler du quartier Saint-Michel précise Patrick Lauriol du groupe LCL.

Du coup, seule la Poste est installée côté Saint-Michel, au 18 Cours Victor Hugo. Deux distributeurs à l’extérieur, un au sein de l’agence, les clients sont très nombreux. « La Poste a une mission de service public qui correspond tout particulièrement au profil des habitants du quartier Saint-Michel : la Banque Postale doit assurer une accessibilité bancaire » précise-t-on à la direction de la Poste. Du coup, la Poste, c’est le point central des flux financiers et bancaires de Saint-Michel : « Nous comptons 5750 clients qui ont au moins un produit, à savoir un compte, un livret A…Et nous avons 2000 clients actifs dans cette agence, qui disposent d’une carte bancaire, de chèques et d’au moins un compte principal ». D’après la direction de la Poste, « parmi ses clients, certes certains viennent de Saint-Paul, mais la majorité sont de Saint-Michel ».

Beaucoup de flux, beaucoup de demandes, les banques ne verrouillent pas pour autant Saint-Michel. « Il est hors de question de faire à Saint-Michel comme le long de la barrière Judaïque où les banques ont fait disparaître les bars et les terrasses, précise de but en blanc Patrick Lauriol du groupe LCL. Je pense que les banques vont continuer d’investir les Capucins mais pour la place Saint-Michel, il vaut mieux des commerces et des magasins alimentaires plutôt que des banques ». Belcier, Terres Neuves sont aujourd’hui les véritables pôles d’attraction, du coup les banques investissent ces espaces plus éloignés du centre-ville. « Et la mairie est favorable à l’implantation d’un secteur bancaire dans ces zones en devenir. A l’inverse, Saint-Michel, c’est plus verrouillé. En ce moment, la stratégie est plus de rééquilibrer le Cours Victor Hugo que d’investir Saint-Michel ! »

« Des entrepreneurs qui veulent sortir du RSA, de la précarité »

A côté des banques traditionnelles très regardantes sur l’endettement des particuliers comme des entrepreneurs, un autre système bancaire est possible, au cœur même de Saint-Michel : le micro-crédit.

Au 29 Rue du Mirail, le Crédit Municipal, en partenariat avec la caisse sociale de développement local, parie sur des projets audacieux pour aider les entreprises à s’implanter, tout particulièrement à Saint-Michel. Le salon de thé bio Chat Noir Chat Vert (voir encadré), qui donne directement sur la place Saint-Michel, existe grâce à cette autre offre bancaire. A la Caisse sociale, on défend ce dossier comme un projet original : « Faire du bio à Saint-Mich’, c’est très difficile, d’autant plus avec les travaux qui sont à cheval sur la rue des Faures et la rue Maubec. Il faut y croire. Nous choisissons des entrepreneurs qui veulent sortir de la précarité, du RSA. Avec ce prêt, il doivent devenir autonome. On leur redonne le costume de chef d’entreprise ». Et ces prêts peuvent d’ailleurs aider les entrepreneurs à gagner une crédibilité auprès des autres agents bancaires. Le gérant du salon de thé M. Assaadi a pu ainsi contracter un autre prêt de 5000 euros auprès de l’Oseo, l’agence de financement de l’innovation et de la croissance des PME.

Enfin, en plus de faire du prêt sur gages ou des placements financiers, le Crédit Municipal fait du micro-crédit social aux particuliers, notamment pour des gens résidant à Saint-Michel. La stratégie : tout sauf de l’assistanat. « On ne finance pas le remboursement de dettes de loyers ou de factures d’EDF impayées, mais par exemple, on aide pour l’achat d’une voiture dans le cadre d’un travail éloigné par rapport à un lieu de résidence… ». Les critères sont précis : une aide financière pour une formation dans le cadre d’un projet professionnel, le financement du permis de conduire pour des déplacements… Des rapports de confiance, parfois à la limite du troc comme dans le prêt sur gage, qui déconstruisent le préjugé du quartier sensible ou de la zone à risques.

Trop peu d’offres et une demande qui explose, le marché concurrentiel des banques a littéralement exclu le quartier Saint-Michel de ses plans d’investissements. Mais le flux de commerces et de personnes, avec la piétonisation et la proximité avec la gare dans le cadre d’Euratlantique, pourraient changer la part du tertiaire dans le quartier… et faire sauter la banque.

Julien Gonzalez

 « Des gens très humains qui n’ont rien de banquiers »

En septembre 2009, M. Saïd Assaadi a pu s’implanter au cœur de Saint-Michel grâce à un prêt de la caisse sociale de 5000 euros. Un taux d’intérêt de 2%, loin des rapports de rendement de 5% des autres banques. Ce qui lui donne l’impression de parler à « des gens très humains qui n’ont rien de banquiers ». Les arrangements se font à l’amiable parce que les rapports sont basés sur la confiance : « En cas d’impayés, j’ai un délai de 3 mois ; à la banque, on m’aurait déjà prélevé une tonne d’agios ». Côté frais de remboursements, le montant est raisonnable : 87 euros tout rond, « et encore c’est dégressif sur les cinq ans ».

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