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Fibroquoi ?

Publié le 06 janvier 2012

Sa forme peut effrayer, mais la sonde du Fibroscan est parfaitement indolore.

Son allure pâlotte ne renseigne pas vraiment sur son utilité. Montée sur roulettes, la colonne informatisée possède un écran, un clavier, un lecteur CD et un port USB. Ce n’est pourtant pas un ordinateur . Une sorte de revolver conclut un long fil  électrique blanc. L’extrémité s’illumine de bleu, lorsqu’on démarre la machine. « Fibroscan© » est écrit fièrement sur sa plastique. Un nom bien mystérieux.

Le Fibroscan© a élu domicile début 2006 au CEID, un centre qui accueille et informe les usagers de drogue, rue Planterose.  Son rôle ? Médical ! Il mesure l’élasticité du foie, pour diagnostiquer une éventuelle hépatite.

L’examen dure 3 minutes. Il est complètement indolore. L’usager est allongé sur le dos et l’infirmière pose la sonde au niveau de son foie. Des ondes sont envoyées à l’intérieur du corps, et l’appareil mesure par ultrasons la vitesse à laquelle elles se propagent. Dans son état normal, le foie est souple. Lorsqu’une personne est atteinte d’hépatite, son foie se durcit. L’appareil est également capable de repérer les détériorations dues à l’alcool (cirrhoses) ou aux médicaments.

Dix clichés sont réalisés, pour obtenir un diagnostic. Les images et résultats sont conservés dans l’ordinateur pour pouvoir être consultés lors d’une prochaine visite. Pour un résultat plus fiable, le Fibroscan© est couplé au Fibrotest©, une prise de sang.

La plupart des personnes qui se rendent au CEID sont des usagers de drogues qui utilisent l’injection intraveineuse. C’est un public particulièrement exposé au risque d’hépatite puisqu’elle se transmet par le sang.

Avant que la technologie Fibroscan© ne révolutionne le quotidien des professionnels et des usagers du CEID, les méthodes de dépistage étaient tout autres. Il fallait procéder à une ponction biopsie. Sous anesthésie locale, une piqûre était faite entre les côtes, pour prélever un petit fragment de foie (2 cm de long sur 1 mm de diamètre). L’examen était décrit comme très douloureux et nécessitait de se rendre à l’hôpital. Des éléments très dissuasifs pour un public déjà souvent en marge du système de soin.

En 2006, le Fibroscan© a été confié au CEID pour une durée déterminée par le laboratoire Roche, en partenariat avec l’hôpital Haut-Lévêque. La période d’essai a été particulièrement concluante. Les usagers qui auparavant refusaient le dépistage, se sont mis à accepter le Fibroscan©. Entre 2003 et 2005, seuls 156 dépistages avaient été réalisés. Avec l’arrivée du Fibroscan©, en un an, le chiffre est passé à 269. Une permanence d’un médecin hépatologue a alors été instaurée au CEID pour établir les traitements à mettre en place auprès des personnes atteintes.

Il a depuis été décidé de conserver l’appareil au CEID, au plus près de la population qui en a besoin. Chaque année, environ 250 examens sont réalisés. Le Fibroscan© permet de sauver des vies en apposant un diagnostic sur des lésions silencieuses. Il permet aussi un temps d’échange apaisé, entre l’usager et l’infirmière, pour aborder la prévention des risques.

Sans le partenariat dont il a bénéficié en 2006, le CEID n’aurait certainement pas pu s’offrir les services d’un appareil de si haute performance. Cette avancée majeure se monnayait alors, neuve, à plus de 50 000 euros. Elle est aujourd’hui pour les usagers du CEID un soutien inestimable.

Texte et photo : Agathe Goisset

Merci à Nicolas Bourguignon et Fanny Deaux du CEID pour leurs explications

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