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J’ai testé un cours de Krav-maga

Publié le 09 janvier 2012

D'abord les yeux, ensuite les parties génitales. (Photo Louis Sibille)

Pluie battante et rafales de vent. Sur nos Vcub, ce jeudi soir, on regrette déjà d’avoir joué les fières le matin même en conférence de rédaction : « Ce soir, on teste un cours de Krav-maga les gars ! »

Le Krav-maga ? Le site de l’association de la Flèche Saint-Michel est très clair sur le sujet : l’objectif du cours est « de rendre le pratiquant apte à faire face à une agression dans la rue. » Self-defense ? Pas tout à fait. Le Krav-maga, en hébreu « combat rapproché », est un sport créé par Imi Lichtenfeld, un Tchécoslovaque instructeur en chef dans l’armée israélienne considéré comme l’un des meilleurs lutteurs européens des années 1930.

Avec la montée du fascisme, les agressions antisémites se multiplient. Imi Lichtenfeld décide d’entraîner quelques amis juifs lutteurs et boxeurs à se défendre lors de combats de rue. Les premiers principes du Krav-maga sont nés : savoir se défendre, maîtriser l’agresseur et le neutraliser. En 1940, Lichtenfeld doit quitter l’Europe et s’engage pour un voyage de deux ans vers la Palestine.  Engagé dans les forces armées israéliennes lors de la création de l’État en 1942, ses techniques d’autodéfense sont aujourd’hui enseignées dans de nombreuses forces militaires : le GIGN, le RAID ou encore le SWAT aux Etats-Unis*. Adeptes des salles de fitness plutôt que des rings, on tremble légèrement en entrant dans la salle de boxe.

Les élèves arrivent, deux femmes seulement. Le Krav-maga est encore peu connu en France et encore moins à Bordeaux. L’une des participantes pratique un art martial vietnamien depuis deux ans, l’autre est agent de sécurité et pratique le Krav-maga depuis déjà 6 mois. La concurrence s’annonce rude, le cours est le premier organisé dans le quartier.

Une carrure imposante et un sourire rassurant

Tout en noir, carrure imposante, le pas décidé, Frédéric Bernard entre dans la salle. A 45 ans, le professeur de Krav-maga affiche un sourire rassurant : « Alors les filles, prêtes à en découdre ? ». La tentative pour nous mettre à l’aise reste vaine. Sans savoir ce qui nous attend, on se prépare dans les vestiaires. Dans tous les cas, pas question de baisser la garde. On commence par un échauffement autour du ring. On se surprendrait à fredonner « Eye of the tiger » comme Rocky Balboa si le souffle ne commençait à manquer.

Deux mètres d’écart entre chaque élève, de quoi garder une distance de sécurité raisonnable avec nos futurs adversaires. La méfiance est de mise. Cinq minutes plus tard, les joues ont rougi, le souffle est court, quelques râles se font entendre. Les nôtres. On enchaîne sur les flexions-extensions. Frédéric fait deux tours de la salle quand nous peinons à en faire un.

Il saute, frappe dans ses mains, court en arrière, et nous, on s’accroche au ring. Après des étirements musclés, les choses sérieuses peuvent commencer : c’est l’heure de taquiner les punching-balls. Coups de poing, coups de pieds bien placés, les sacs de sable vont passer un sale quart d’heure. Taper n’est pas si simple : à chaque mouvement, les pieds doivent tourner, les hanches pivoter. « Surtout, n’oubliez pas de frapper bien droit pour protéger l’extérieur de votre main, qui est très fragile ». Frédéric nous fait une petite démonstration. Tout le monde sursaute au bruit de ses poings sur le punching-ball. Le sac de sable en prend pour son compte. A notre tour. Plus motivées que jamais, on imagine l’adversaire, « frappez le visage » conseille Frédéric. On se lance. Premier coup de poing : le punching-ball ne bouge pas. Pourtant notre main, elle, l’a bien senti passer. On tente avec les pieds : « Maintenant, on vise les parties génitales ! », commande Frédéric. Victoire, le punching-ball commence à tanguer ! Et nous, on commence à se prendre au jeu. On ruine les parties intimes du gros costaud.

Un couteau pour deux

« Un couteau pour deux », c’est l’heure du corps à corps ! Au lieu d’écouter Frédéric nous conseiller la fuite dans le cas d’une attaque à l’arme blanche, on se surprend à jouer avec ce couteau qui n’est pour le moment qu’un simple bout de plastique. Le scénario : une personne retire de l’argent à un distributeur automatique, lorsqu’un individu malveillant la menace. On se met en situation. L’une de nous sera l’agresseur, l’autre devra parer un couteau pointé sur son ventre. La technique : un pas de côté pour esquiver l’attaque, un coup de poing dans les dents ou les yeux. Au krav-maga, tous les coups sont permis. Pendant certains entraînements « sous pression », le port du casque intégral est obligatoire.

D’autres séances se déroulent les yeux bandés, pour apprendre à réagir à l’instinct, sans voir arriver son agresseur. Agathe m’attaque par derrière, lâche ! Blocage de l’avant-bras, coup de coude, coup de pied, l’agresseur est sonnée, clé de poignet (pression sur le poignet pour faire tomber à terre), l’adversaire est neutralisée. Les rôles s’inversent. A terre une fois, deux fois, dix fois, elle fait moins la fière. Plutôt contentes de nos prouesses, on déchante quand Frédéric nous répète que la fuite reste la meilleure parade.

« Il ne faut pas jouer les héros, une agression au couteau vous fait risquer la mort, mieux vaut partir en courant !». Dehors, la pluie s’est calmée. Sur le chemin du retour, on discute du cours lorsqu’un jeune homme nous aborde. Il semble gêné, son portable ne fonctionne plus mais il a besoin de contacter ses amis. Un peu naïvement, on lui prête le nôtre. Une fois dans ses mains, le doute s’empare de nous, et s’il partait avec ? Dans le doute, on l’encercle : pendant que je le tiens, Agathe lui règle son compte. La parfaite application des techniques de notre « krav macoach ». Parer ses attaques, coincer son bras fermement entre les nôtres pour le frapper au meilleur endroit avant de le mettre à terre grâce à la clef de poignet chère à Frédéric. Fausse alerte, après l’envoi de son message, il nous remercie gentiment.

Agathe Guilhem & Sandra Lorenzo

* KRAV MAGA, Méthode originelle israélienne d’autodéfense et techniques de combat, Eyal Yanilov, Budo Editions.

Le site de l’association la Flèche de Bordeaux
La page Facebook du Club Krav Maga Self Defense de Bordeaux

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