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Tiens, voilà du boudin !

Publié le 06 janvier 2012

Entre les cafés de la place Saint-Michel et leurs terrasses, il y a la route... et le boudin. (Photo Aurélie Dupuy)

Pas joli, pas pratique, et même dangereux : le boudin en béton de la place Saint-Michel, qui sépare la voirie du parvis de la basilique, est condamné à disparaître. Déjà repeint en rose, il sera détruit pour de bon avec les travaux de la place. Fallait-il vraiment écraser le boudin ?

Sur plusieurs dizaines de mètres, le boudin en béton qui cercle la place Saint-Michel a pour vocation de protéger les piétons de la circulation routière. Mais ce matin-là, pour aller boire un café en terrasse avec son épouse, René, jeune retraité installé dans le quartier, doit franchir l’obstacle. « Ce boudin n’est pas pratique. Il faut le contourner ou l’enjamber. Ce n’est pas trop dangereux, mais dès qu’on commence à avoir les tempes grises, c’est un peu compliqué ».

Une « barrière » à abolir

Pas pratique, compliqué… C’est pour ces raisons que le projet de rénovation de la place conçu par l’agence Obras inclut la destruction du boudin en béton. « Ce n’était pas une exigence de la mairie, mais tous les architectes candidats ont fait la proposition d’abolir ce boudin ! », explique Anne Durepaire-Dorgueilh, chargée de la maîtrise d’ouvrage des espaces publics à la « Direction Parcs, Jardins et Rives » de la mairie de Bordeaux. « Il faut dire que c’est vraiment la trace d’un concept et d’une époque ». Installé à la fin des années 1980, le boudin est en réalité issu d’éléments de moulure utilisés dans le bâtiment, grossis au maximum.

La trace d’un « concept »… et quel concept ! Grâce à sa forme insolite, le boudin est devenu une piste d’entraînement aux sauts acrobatiques, en longueur ou en largeur. Toutes les figures libres sont autorisées ! On peut s’essayer à le franchir « en ciseau », en levant un pied… puis l’autre. On peut tenter le saut frontal, en prenant un peu d’élan. Ou même le saut à pieds joints… avec le risque de se tordre la cheville sur les pavés de la rue. Franchir le boudin est « impossible avec une jupe » remarque Agathe, étudiante. Le saut dorsal, ancêtre du célèbre « Fosbury flop », est aussi déconseillé, à moins de disposer d’un complice et d’un matelas, prêts à la réception.

Dans le projet de rénovation qui verra le jour à l’horizon 2014, le boudin sera remplacé par une série de bornes amovibles en métal. L’idée ne séduit pas tout le monde. Damien, par exemple, qui vient régulièrement prendre un verre sur la place, n’est pas convaincu que le dispositif prévu soit une bonne alternative au boudin de béton : « Installer des piquets, c’est juste une façon de parquer les gens. C’est peut-être mieux d’avoir un obstacle au sol que de voir des centaines de piquets en métal ».

Un support de signalisation

En attendant, le boudin de la place Saint-Michel, l’un des symboles du quartier, vit ses derniers jours dans une robe flashy : un tronçon a été repeint en rose fuschia au mois de novembre 2011  pour indiquer aux clients du marché l’endroit où il a été déplacé. A l’instar des pancartes et des banderoles roses qui annoncent le déménagement du marché, le boudin en béton finit sa carrière en ajoutant une corde à son arc : il est désormais panneau de signalisation. Vieille star recyclée en chanteur de réclames, le boudin de Saint-Michel prépare ses adieux aux milliers d’acrobates amateurs qui se sont frottés à lui.

Julien Baldacchino

Sur le même sujet : Saint-Michel, 7 choses à savoir sur la rénovation.

1 Commentaires de cet article

  1. verin dominique Says:

    rires ! les terrasses sont toutes illégales, même si la Mairie encaisse sa dime ! les bancs circulaires étaient gratuits, eux!

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