Et pourquoi pas le FN ?

Publié le 10 janvier 2012

À la recherche de la conscience politique de Saint-Michel. Aujourd’hui, focus sur Yacine. Ce Franco-algérien, propriétaire du bar de la Fraternité, affiche un humanisme à toute épreuve… et n’exclut pas de voter Front National à la présidentielle.

Yacine, patron de bar et potentiel électeur... du FN

Sur la place Meynard, impossible d’échapper à la devanture bleue vieillie, couronnée d’une enseigne presque anachronique, le Bar de la Fraternité. Le patron s’y présente comme un débatteur inépuisable. Éveillé aux questions politiques par un père combattant pour l’Algérie indépendante, Yacine a vite compris l’intérêt d’être au clair sur ces questions fondamentales: « Avant, j’étais débile parmi les débiles. Mais depuis que je m’intéresse à la politique, je m’exprime mieux et on ne me regarde plus pareil. Les puissants se méfient des intellectuels ».

Marmite

Mai 2007, Yacine se rend pour la première fois aux urnes où il vote Ségolène Royal avant d’être « soulagé » qu’elle perde car « son parti est trop mou ». Aujourd’hui, ce citoyen « sans parti précis » se sent perdu à l’approche de la présidentielle. « Aucun candidat ne donne espoir aux Français. Maintenant, il s’agit juste de savoir qui va gérer le mieux le merdique », analyse-t-il. Pourtant, celui qui a pour modèle Marthin Luther King, Malcom X ou encore John F. Kennedy a déjà sa petite idée : « Je pense voter Le Pen au premier tour pour dire stop aux magouilles et à l’hypocrisie ». Pour ce fervent défenseur de la tolérance, voter FN n’est pas incompatible avec ses idées.

Le cafetier a passé 17 ans en Algérie où il assiste à certaines des violences perpétrées au cours « des années de plomb » (décennie 1990). De ce long séjour, et de son arrivée en France, il a appris à « respecter le pays dans lequel on se trouve ». Aujourd’hui, alors qu’il vit à Saint-Michel depuis 18 ans, il reconsidère sa vision de l’extrême droite. « Le Pen n’est pas raciste! Il est nationaliste. Une nation, c’est aussi des devoirs. Les Maghrébins ont été chassés de leurs pays. Alors, qu’ils arrêtent de dire qu’en France, on ne les aime pas. Le Pen, c’est celui qui va remuer la marmite que personne ne veut remuer ».

Un discours plutôt détonnant dans un quartier d’immigration, mais Yacine ne craint pas les réactions. « Ce que je dis, ça fait sourire les gens, mais c’est crédible, alors ils ne disent rien. Ici à Saint-Michel, les gens ne parlent pas de source sûre, c’est beaucoup du blabla. »

Galette

Contrairement aux apparences, le comportement politique de Yacine n’est pas rare. Face à une défiance et un mécontentement grandissant vis-à-vis des dirigeants des partis républicains, l’extrême droite française obtiendrait un surcroît de confiance et élargirait son audience. Selon une enquête Vivavoice réalisée pour le journal « Libération », 30% des sondés n’excluraient pas de voter pour Marine Le Pen à l’occasion de la prochaine présidentielle. Les plus touchés par les idées frontistes sont les ouvriers et les chômeurs, premier déçus des échecs gouvernementaux. Des catégories majoritaires à Saint-Michel. Et même en terre de gauche, comme c’est le cas du quartier, le Front national parvient à convaincre. À l’échelle nationale, 20 % des militants du Parti socialiste lui font confiance pour « bien exprimer les problèmes des gens » et 15% pour « proposer des bonnes solutions ».

Intarissable, Yacine philosophe sur la politique nationale et internationale, s’appuyant sur son parcours personnel : « Le président idéal, c’est celui qui dira « soyons fiers d’être humains et non plus soyons fiers d’être de telle ou telle nationalité ». C’est pour ça que j’aime être métissé car je me mets à la place des autres. Il faut que la classe politique se mette à la place de l’autre. » Et ce fils « d’une mère basque et d’un père algérien pur produit » d’en appeler à sa manière aux métissages des cultures : « Moi, je dis que celui qui veut manger de la galette, qu’il la mange, et l’autre du pain, qu’il le mange. C’était comme ça chez moi. Ma mère était chrétienne, mon père ramenait le mouton pour l’Aïd et pourtant ils couchaient ensemble ! »

Hier socialiste, demain potentiel électeur frontiste, Yacine revendique la liberté de choisir, en attendant qu’un « parti neutre, sans gauche ni droite » émerge un jour dans le paysage politique français.

Ludivine Tomasi

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